
Stratégie de jeu · ARTICLE ORIGINAL
Après Gallagher, qui fera le sale boulot devant le filet?
Le départ de Brendan Gallagher laisse moins un trou de production qu’un vide de fonctions à cinq contre cinq. Le Canadien devra répartir ses tâches ingrates, pas lui trouver un clone.
Le départ de Brendan Gallagher vers Vancouver, le 29 juin 2026, ne se résume pas à 23 points retirés de l’alignement. À cinq contre cinq, le Canadien perd surtout un spécialiste des zones où le hockey devient moins propre: devant le filet adverse, sur les retours, dans les coins de patinoire et à la fin de longues présences qui finissent par épuiser une paire de défenseurs.
La bonne question n’est donc pas: « Qui sera le prochain Gallagher? » Il n’y en aura pas. Son mélange de timing devant le filet, d’entêtement sur une rondelle libre et de capacité à sortir les défenseurs de leur structure était très personnel. La vraie question est plus utile: qui peut reprendre chacune de ses tâches, selon la situation et le trio?
Les faits: un rôle plus grand que sa fiche de pointage
Gallagher a quitté Montréal après 14 saisons, 911 matchs et 194 buts à forces égales, un sommet chez le Canadien depuis ses débuts dans la LNH. En 2025-2026, il a joué 77 matchs, avec sept buts et 16 aides, tout en passant en moyenne un peu plus de 12 minutes par soirée sur la glace.
Ce n’était plus le Gallagher de 30 buts. Mais il demeurait un joueur qui donnait une raison aux porteurs de rondelle de lancer vers le filet. Pas parce qu’il avait toujours la possession initiale, mais parce qu’il créait la deuxième action: l’écran qui cache le tir, le bâton qui dérange le gardien, le bond vers un retour, puis la bataille pour empêcher une sortie de zone facile.
Les données de MoneyPuck placent son temps de jeu à cinq contre cinq à 951 minutes en 2025-2026. Son jeu sur la rondelle n’était pas parfait, et son taux de buts attendus sur la glace ne fait pas de lui un moteur offensif autonome. C’est précisément pourquoi son départ doit être lu comme un enjeu de complémentarité: Gallagher améliorait la valeur des tirs des autres en allant là où les autres ne veulent pas toujours aller.
Quatre tâches, pas un seul remplaçant
| Tâche laissée par Gallagher | Profil le plus logique | Ce qu’il faut surveiller |
|---|---|---|
| Écran et présence au filet | Juraj Slafkovský | Ne pas le figer devant le gardien |
| Retours et rondelles libres | Josh Anderson | Transformer sa vitesse en deuxième effort constant |
| Échecs avant et temps de zone | Zachary Bolduc | Confirmer qu’il peut le faire contre de gros trios |
| Agitation dans les zones difficiles | Groupe Anderson-Bolduc-Berard | Éviter de confondre robustesse et indiscipline |
Devant le filet: Slafkovský a le gabarit, mais surtout le jeu
Analyse: Juraj Slafkovský est le candidat évident pour occuper davantage l’espace devant le gardien, particulièrement lorsque la rondelle circule en haut de zone. À 6 pieds 3 pouces et 225 livres, il peut protéger sa position sans avoir à jouer le même jeu de percussion que Gallagher. Il a aussi déjà prouvé qu’il peut convertir les occasions rapprochées: à la pause olympique, NHL EDGE le plaçait au 91e percentile des attaquants pour les buts de grande qualité.
Mais il y a une nuance importante. Slafkovský ne doit pas devenir un poteau planté dans l’enclave. Une de ses forces est de transporter la rondelle, de protéger le disque le long de la rampe et de créer des décalages. Son rôle idéal: attaquer le filet après avoir alimenté le jeu, ou s’y installer quand Hutson, Dobson ou Suzuki ont déjà établi le contrôle en zone offensive. Ça donne un écran imposant sans retirer au Slovaque sa liberté de créer.
Les retours: Anderson peut faire mal, s’il arrive sur la deuxième rondelle
Opinion: Josh Anderson est probablement le meilleur candidat interne pour reprendre la portion la plus usante du travail de Gallagher: gagner la course sur une rondelle imparfaite et faire reculer un défenseur sous pression. Il n’a pas le même flair dans les espaces serrés, mais il a la vitesse et la puissance pour transformer un tir bloqué ou un rebond en présence prolongée.
Le piège serait de lui demander d’imiter Gallagher pouce par pouce. Anderson est plus dangereux lorsqu’il arrive lancé, attaque l’extérieur, puis coupe vers le filet. Son mandat devrait être simple: premier attaquant agressif sur les entrées de zone, puis premier gros corps sur les retours. Sur un troisième trio projeté avec Phillip Danault et Alexandre Texier, il pourrait devenir le finisseur physique d’une unité capable de récupérer la rondelle avant de la remettre à ses joueurs plus patients.
Les échecs avant: Bolduc a une porte ouverte
Analyse: Zachary Bolduc n’a pas encore démontré qu’il peut reprendre le volume de travail de Gallagher contre les meilleurs du circuit. Il offre toutefois un profil complémentaire intéressant: plus jeune, plus explosif, capable de frapper et de décocher un tir qui force les défenseurs à respecter sa présence. Le Canadien l’avait justement présenté à son arrivée comme un attaquant de milieu d’alignement combinant robustesse et instinct de marqueur.
Sa prochaine étape est moins spectaculaire que ses tirs sur réception: devenir un F1 fiable. Autrement dit, le premier attaquant à mettre de la pression sur le défenseur, à couper l’option de sortie et à obliger l’adversaire à remettre la rondelle derrière son filet. Gallagher excellait à faire durer une présence de huit secondes de plus. Bolduc peut apprendre à faire la même chose avec un jeu plus direct et plus lourd.
Ses chiffres de 2025-2026 donnent au moins une base: 12 buts, 30 points et 11 min 49 s de jeu à cinq contre cinq en moyenne. PuckPedia lui attribue un différentiel de buts attendus relatif positif, mais un contrôle des tentatives plus ordinaire. C’est le portrait d’un joueur utile, pas encore d’un stabilisateur de zone offensive.
L’agitation ne doit pas devenir une mission individuelle
Gallagher irritait les adversaires parce qu’il restait dans leur chemin, pas parce qu’il cherchait le prochain accrochage. C’est une distinction cruciale. Le Canadien n’a pas besoin de remplacer ses 39 minutes de pénalité par une autre source de pénalités; il doit remplacer les batailles qui empêchent les défenseurs de respirer.
Brett Berard pourrait éventuellement offrir une partie de cette énergie, mais il faut rester mesuré: il n’a joué que 48 matchs dans la LNH et arrive avec un contrat à deux volets. Il représente une possibilité de profondeur, non une réponse immédiate.
Le remplacement fonctionnel le plus réaliste est collectif. Slafkovský prend davantage de présence au filet sur les gros trios. Anderson chasse les retours et impose le rythme en échec avant. Bolduc gagne des présences dans les coins de patinoire. Kirby Dach, s’il demeure en santé, peut aussi offrir une cible imposante autour du filet sur un quatrième trio qui, selon la projection estivale de NHL.com, pourrait réunir Bolduc, Oliver Kapanen et lui.
Le départ de Gallagher crée donc un test de maturité pour le Canadien. L’équipe a déjà les habiletés pour fabriquer des entrées de zone, des tirs de qualité et du talent autour du filet. Ce qu’elle devra prouver, c’est qu’elle peut encore récupérer la rondelle quand le premier tir échoue. En séries, ce n’est jamais un détail. C’est souvent là que les matchs basculent.




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